Formation Nuyts

Comment le Cours Charles Péguy peut-il proposer un enseignement adapté à chaque enfant ?

Parce que nos professeurs se forment à des pédagogies structurantes. Valérie Meijer, l’institutrice des CE2, nous parle de sa formation à la méthode Nuyts, qu’elle suit à raison de six week-ends par an.

Cette pédagogie a été créée par Mme Elisabeth Nuyts, chercheur en pédagogie et professeur, qui a travaillé de nombreuses années avec des enfants atteints de dyslexie, dyscalculie et dysorthographie. Elle se fonde sur l’observation, la compréhension et la prise de conscience de soi et du réel. Pour cela, Nuyts relie le plus possible les apprentissages aux situations du quotidien des élèves.

Chez Espérance banlieues, on parle souvent de pédagogie adaptée à chaque enfant. Est-ce que cette formation vous permet de traiter certains cas particuliers ?

Un jour, j’ai accueilli mes élèves après une récréation qui s’était très mal passée, il y avait eu une dispute et ils continuaient à s’invectiver en entrant en cours de sport. Je leur ai demandé de fermer les yeux et de respirer. Je leur ai expliqué « Nous sommes dans le présent, nous attendons que le cours commence. Le verbe est au présent car je dis ce que nous sommes en train de faire. Dans le passé, il y a eu la récréation avec des cris, une dispute de untel avec untel. » J’ai repris ce qu’ils m’avaient raconté. « Ils ont fait cela, c’est terminé, c’est du passé. Je le dis après que ça a eu lieu. Et maintenant dans le futur, nous installerons le matériel et nous suivrons le cours de sport. » Alors ils se sont calmés, j’ai eu l’impression qu’ils ont réussi à démêler les trois temps et le cours s’est bien passé. J’aurais pu passer plusieurs heures à expliquer la notion, mais là j’ai su saisir un moment de leur vie et je pense que cela leur a parlé très efficacement.

Constatez-vous des progrès chez les enfants grâce à cette pédagogie ?

En premier lieu, la différence que je ressens se trouve dans ma façon d’enseigner à mes élèves. Auparavant, lorsqu’un enfant avait une difficulté, je l’encourageais à refaire l’exercice. Maintenant, je change de posture, je regarde la situation sous différents angles comme si je tournais autour d’un monument pour en voir les différentes facettes. Je me demande « Est-ce que l’enfant a bien vu ? Est-ce qu’il a bien entendu ? Est-ce qu’il a bien touché, manipulé la notion ? » Cela me permet de trouver l’origine de leurs blocages pour mieux les aider.

Au-delà de ma posture d’enseignante, Nuyts nous enseigne des techniques très pertinentes, comme la syllabation. Les enfants apprennent à dire ce qu’ils écrivent en même temps qu’ils l’écrivent, syllabe par syllabe. Cette technique a eu des résultats remarquables. J’ai un élève qui a énormément de mal à former ses lettres et qui avait perdu le goût d’écrire, malgré des séances de graphothérapie. Sa maman me dit qu’il a repris du plaisir à écrire, je vois que ses cahiers sont beaucoup mieux présentés, il fait très attention à ne pas faire de fautes et ça marche !

Enfin, quel intérêt trouvez-vous à cette formation par rapport à un apprentissage de la pédagogie dans un livre ?

Lors des formations, nous faisons les exercices et les jeux avant de les proposer aux enfants. Ainsi, nous en ressentons les effets. Par exemple, lorsque nous sommes dispersés, les instructeurs nous proposent de faire un jeu de concentration : le tangram. C’est un jeu qui consiste à reproduire une figure grâce à des pièces de couleur.

Un tangram

Lorsque je fais cet exercice, je sens la fatigue se dissiper. C’est essentiel de le pratiquer soi-même pour savoir comment le proposer aux enfants.

Ce qui est très important également, c’est qu’au sein de l’école nous avons tous cette même vision de l’éducation. En venant chez Espérance banlieues j’avais une soif de cohérence entre les professeurs. Comme nous sommes tous formés à cette pédagogie, nous pouvons nous emprunter du matériel pour tester un exercice et ensuite le mettre en place dans notre classe si cela fonctionne bien. Cela permet des échanges très riches.